Charlotte Delbo ( 10 août 1913 - 1er mars 1985)

(Suite) Après interrogatoires, Georges et Charlotte sont transférés à la Santé.

Dudach est condamné à mort. Le 23 mai 1942, il est fusillé au Mont Valérien, en compagnie de Marcel Engros, Jacques Solomon, Jean Claude Bauer, Georges Politzer, Claude Gaulué et André Pican. Le matin de son exécution, Charlotte peut lui dire adieu.


Le 24 août, Charlotte est transférée au fort de Romainville. Le 20 janvier, les déportées politiques partent pour le camp de Compiègne où, le 23 janvier au matin, elles montent dans le train qui les emporte vers Auschwitz-Birkenau.

Description de l'image

La photo anthropométrique de Delbo à Auschwitz - DR Musée d'Auschwitz

De janvier à août 1943, elle voit ses compagnes tomber, les unes après les autres. Charlotte survit à l’épidémie de typhus qui les décime. Elle est envoyée dans un camp annexe de Birkenau, Rajsko, spécialisé dans la culture et la récolte du kok-sagyz (une sorte de pissenlit dont on extrayait la sève pour remplacer le latex). Avec ses compagnes, Charlotte y monte Le malade imaginaire, reconstitué de mémoire. Peu de temps après, en janvier, elle est transférée à Ravensbrück. Elle y restera jusqu’à sa libération par la Croix Rouge Internationale, le 23 avril 1945. Des 230 passagères du Convoi du 24 janvier, seules 49 auront survécu


Après un bref séjour en Suède, elle revient à Paris le 23 juin 1945.


De retour à Paris, Charlotte Delbo reprend sa place aux côtés de Jouvet.  Mais, très éprouvée, elle n’a pas la force de continuer. Au début de l’année 1946, elle quitte, à grand regret, Paris et son travail pour rentrer à la clinique « les Hortensias » au Mont sur Lausanne. Son état de santé est délicat car son cœur est atteint d’une myocardite parcellaire. Pendant cette période de repos forcé, elle écrit Aucun de nous ne reviendra, le récit des mois passés à Auschwitz. Puis elle l’enferme dans un tiroir.


Après sa convalescence, elle reprend son travail à l’Athénée puis choisit de le quitter pour rejoindre l’ONU qui est train de se créer. Recrutée pour ses compétences en sténographie et en anglais, elle est attachée d’abord à la Commission économique, puis aux Services techniques.

En 1960, Charlotte Delbo quitte l’ONU pour devenir l’assistante de son vieil ami, Henri Lefebvre, au CNRS. Dès lors, elle entre dans son équipe, jusqu’à sa retraite en 1978.

Description de l'image
Description de l'image

Charlotte Delbo adorait voyager. Parmi la collection particulière de son neveu, Dany Delbo, ce dessin de son vieil ami le peintre Jean Picard-Ledoux, la croquant devant sa résidence de Breteau, et son sac de voyage, frappé de ses initiales, CJD

Mais parallèlement, elle écrit. En 1960, elle publie aux éditions de Minuit, Les Belles Lettres, recueils de lettres échangés par des opposants à la guerre d’Algérie. Puis, en 1965, aux éditions Gonthier paraît Aucun de nous ne reviendra, le manuscrit qu’elle a écrit en Suisse, vingt ans auparavant.  Il constitue le premier tome d’une trilogie, Auschwitz et après, qui sera intégralement publiée aux éditions de Minuit à partir de 1970.

Elle ne cessera plus décrire, publiant des pièces de théâtre, des poèmes, des tribunes, des récits témoignant de son expérience concentrationnaire. Elle devient une grande voix littéraire, inflexible sur le sort de l’homme dans les violences auxquels il se trouve confronté.


Charlotte Delbo est décédée d’un cancer, le 1er mars 1985. Elle est enterrée dans le cimetière de Vigneux-sur-Seine.